Un film de Jacques Tati
Avec Jacques Tati, etc.
France, 1958, 1h58

Burlesque, comédie
Conseillé à partir de 6 ans

Le matin, les chiens font les poubelles dans un ancien quartier de Paris. C’est ici qu’habite Monsieur Hulot, tout en haut d’une vieille maison très pittoresque. Au loin, on aperçoit les immeubles en béton de la banlieue. C’est là que vivent Monsieur et Madame Arpel, avec leur fils Gérard. Ils habitent une villa ultramoderne, où tout est propre et bien rangé, et où il y a tous les robots ménagers dernier cri, dont un aspirateur qui marche tout seul et fait un boucan pas possible! A la sortie de l’école, Gérard est accueilli par son oncle, qui n’est autre que Monsieur Hulot. Sur le chemin, Gérard et ses copains font des bêtises et Hulot y participe. Il s’entend bien avec son neveu, qui est malheureux, parce qu’il vit comme dans une cage dans la maison aseptisée de ses parents. En effet, il y a tout chez lui, sauf l’affection dont il a besoin. C’est pourquoi Gérard se lie d’amitié avec son oncle; ce qui déplaît d’ailleurs à Monsieur Arpel. Ce dernier ne trouve pas normal que Hulot ne travaille pas et qu’il vive seul. Les Arpel décident donc de lui trouver une femme et un emploi. Ils organisent une réception dans leur jardin, afin de lui présenter la voisine, une snob. Mais le jardin est saccagé et la voisine finit au bout de la laisse du chien! Plus tard, Hulot doit travailler dans l’usine de tuyaux en plastique de Monsieur Arpel. Cependant, il s’endort au travail et ne s’occupe pas de la machine qui vomit des mètres et des mètres de tuyaux déformés et inutiles. Il est renvoyé. Mais, l’essentiel, c’est qu’il va rapprocher Gérard et son père!

Un vieux quartier charmant et un nouveau quartier moderne

Dans cette comédie, Tati décrit deux zones urbaines différentes: un vieux quartier aux maisons charmantes et un nouveau quartier bétonné. Plusieurs fois, il montre un plan où l’on voit que des ouvriers détruisent une vieille maison. C’est une dénonciation du boom immobilier de l’après-guerre. En effet, à cette époque, on détruit les vieilles habitations pour construire de grands immeubles modernes, tristes et gris. En opposant un univers moderne et froid aux vieux et joyeux quartiers de Paris, Tati nous pousse avec beaucoup d’humour à nous demander si la richesse et le confort rendent vraiment heureux. Il faut bien se rendre compte que ce réalisateur était vraiment un visionnaire (il a d’ailleurs fait entièrement construire la maison des Arpel par un de ses amis), puisqu’il a décrit dans les années 1960 le monde d’aujourd’hui: nos maisons modernes et notre société de consommation. C’est pourquoi, il est si passionnant de revoir ses films plus de quarante ans après leur sortie dans les salles de cinema.

Le progrès et la modernité

Lorsque Madame Arpel retourne ses biftecks sans les toucher grâce à un appareil révolutionnaire ou qu’elle fait le ménage avec un plumeau électrique, on comprend que Tati se moque des gadgets modernes. Quand les Arpel regardent, comme chaque soir, l’émission intitulée «A vous de réfléchir», il nous incite à nous demander si le progrès et la modernité rendent vraiment heureux. A travers un Hulot qui s’endort dans l’usine de tuyaux en plastique, il décrit aussi ce qu’il n’aime pas: le travail et l’efficacité. De plus, il rend hommage à la sincérité et à l’honnêteté des gens du vieux Paris: Hulot laisse sa clé au-dessus de la porte quand il part de chez lui et l’ambiance du bistrot du coin montre comment les gens sont chaleureux. Il y a aussi dans ce film de très nombreuses allusions à François le facteur de « Jour de Fête ». On retrouve également le génie de Jacques Tati: sa maîtrise de l’emploi du son et des bruits au service de gags hilarants (dont certains ont été imaginés par Pierre Etaix), comme les enfants qui s’amusent à siffler pour que les passants regardent en l’air et se cognent ainsi aux réverbères!