«Tout ce que le ciel permet» de Douglas Sirk, l’un des maîtres du mélo.

Le mélodrame, ou simplement «mélo», est un genre cinématographique qui vient de l’ancien théâtre grecque, où il désignait un drame accompagné de chants et de dialogues. Dès la fin du XIXe siècle, on parle de mélodrame pour qualifier un roman populaire qui raconte une histoire très triste aux retournements de situations inattendus. A cette époque, les gens sont déjà avides de sensations fortes et de récits spectaculaires mêlant moments de tristesse et de bonheur. C’est pourquoi, dès les débuts du cinéma, le mélodrame devient un genre cinématographique très important.

Des films riches en émotions
Le mélodrame regroupe les films, dont les personnages sont très typés et même souvent exagérés: il y a les méchants, comme le traître et son allié, les bons, comme le héros et son compagnon un peu bête mais très fidèle, les victimes, qui sont généralement des femmes, et les amoureux qu’une fin heureuse réunit. Les mélos racontent souvent des histoires sans issue, par exemple celle d’une femme pauvre qui pleure car elle aime un homme riche. Ils abordent des thèmes caractéristiques: la trahison, l’enfant trouvé, l’assassinat, la maladie, l’amour éternel ou la terrible vengeance. Le mélodrame vise à bouleverser le spectateur. C’est pourquoi, il ne finit pas forcément par un happy end. Exaltant les émotions et les sentiments du public, il présente une action compliquée faite de terribles machinations et de nombreux rebondissements. Il y a une très grande quantité de films d’autres genres, qui ne sont pas vraiment des mélodrames, mais qui empruntent ses caractéristiques.

Dès les débuts du cinéma
Dès 1910, le mélodrame est un bon filon pour les producteurs et une source d’inspiration pour les cinéastes. Les plus grands pionniers du cinéma, tels David W. Griffith, Cecil B. DeMille, puis Charles Chaplin et Friedrich W. Murnau, se tournent avec beaucoup de succès vers ce genre, qui devient rapidement l’un des plus prolifiques et des plus universels. L’arrivée du cinéma sonore ne nuit pas au genre. Bien au contraire! Entendre les gens pleurer ou gémir est encore plus impressionnant. De Frank Borzage à Marcel Pagnol, en passant par Douglas Sirk et Vincente Minnelli, et jusqu’à Rainer Werner Fassbinder, de nombreux réalisateurs de talent deviennent des spécialistes du mélo. Durant toute l’histoire du cinéma, des mélos excellents apparaissent régulièrement sur les écrans: «Les Enfants du paradis», «Mirage de la vie», «Autant en emporte le vent», «Titanic», «L’Incompris» ou «Sur la route de Madison», par exemple. Cependant, on fait aussi beaucoup de mauvais mélodrames, dont la vraisemblance des intrigues laisse à désirer: l’équilibre du film se retrouve alors menacé par l’intensité des scènes fortes en émotions.

Un genre qui fait rêver
On peut remarquer que le mélodrame se développe particulièrement bien dans les pays pauvres ou en crise et pendant les périodes marquées par les conditions d’existence difficiles de la majorité des gens. On peut même dire que ce genre peut permettre de leur faire oublier leurs propres malheurs en leur faisant vivre ceux des personnages de fiction. Certains critiques de cinéma prétendent que le mélodrame les fait rêver et contribue ainsi à les empêcher de se révolter. C’est probablement pour cette raison que ce genre est universel: des Etats-Unis à l’Inde, en passant par l’Italie, la Corée du Sud, le Mexique ou l’Espagne, il a marqué l’industrie cinématographique de nombreux pays. Dans les régions hispanophones, il est même devenu un genre très important à la télévision, avec les «telenovelas».

Vers le drame sentimental
Il est à noter que la définition du mélodrame a petit à petit évolué. Ce genre se confond aujourd’hui avec le drame sentimental, dont le thème principal est l’amour impossible ou contrarié.