Modern Times
Un film de Charles Chaplin

Avec Charles Chaplin, Paulette Goddard, Henry Bergman, etc.

Etats-Unis, 1936, muet, 1h25

Burlesque
Conseillé à partir de 6 ans

Charlot n’est plus un vagabond mais un ouvrier plein de bonne volonté. Comme beaucoup de gens, il travaille à la chaîne dans une usine. Il doit serrer des boulons à un rythme infernal. Malheureusement, il glisse sur un tapis roulant et se retrouve englouti par les rouages des machines! Il en ressort complètement perturbé et ne peut plus s’empêcher de serrer tout ce qui ressemble à un boulon. Même les boutons du manteau d’une dame! On le croit fou et on l’emmène dans un hôpital psychiatrique. Il en ressort guéri, mais il a perdu son travail. Après plusieurs séjours en prison, il rencontre une jeune orpheline qui le fait engager dans le café où elle travaille comme danseuse. Mais la police est à leurs trousses et ils sont forcés de s’enfuir vers de nouvelles aventures.

Un film contre les machines
Dans les années 1930, Charles Chaplin est de retour d’un long voyage autour du monde. Comme il a vu partout le chômage et la pauvreté, il commence à réfléchir au scénario des «Temps modernes». Il faut dire que le monde entier connaît alors une grave crise économique. Au début du film, les ouvriers à la sortie de l’usine sont comparés à un troupeau de moutons. Cela constitue une réponse au malaise de l’époque: l’ouvrier ne doit pas se laisser avoir bêtement par les machines, il doit savoir en profiter. La séquence du travail à la chaîne, directement inspirée de «A nous la liberté» de René Clair, exprime les craintes du réalisateur envers le taylorisme, une théorie selon laquelle il faut utiliser de la manière la plus rentable possible le temps de travail des ouvriers. La scène hilarante où Charlot teste la machine à manger en est également une critique.

Victimes de la société
A travers la rencontre de Charlot et de la jeune orpheline, on peut également voir la victoire de l’amour. Lorsqu’il est seul, l’homme est victime de préjugés. En effet, que ce soit par la police ou par son patron, Charlot est très souvent accusé à tort. Heureusement, grâce à l’amour qui le motive, il se moque de ceux qui l’oppriment. Satire et parodie de la société industrielle, «Les Temps modernes» est un film drôle dont les passages de pur burlesque, comme le patinage «artistique» de Charlot, sont d’une grande poésie et de toute beauté. Ce mélange entre comédie et critique de la société explique sûrement le succès mitigé du film lors de sa sortie dans les salles de cinema en 1936.

Sonore et sans dialogues
«Les Temps modernes» est le dernier film muet tourné à Hollywood. En effet, plusieurs années après la venue du cinéma sonore, Chaplin continue de penser qu’il n’a pas besoin des dialogues. Il fait donc encore un film sans parole mais avec des intertitres. Cependant, il se sert tout de même de la bande-son pour les effets sonores et la musique. Le film n’est donc pas vraiment muet, mais plutôt sonore et non parlant. Le son y est d’ailleurs une source de gags et un objet de dérision, par exemple pour la scène où un chien aboie en direction des gargouillis du ventre de la femme du pasteur en visite en prison. Pour ce bruitage, Chaplin a d’ailleurs enregistré lui-même le bruit de bulles d’aire soufflées dans de l’eau.

Charlot baragouine
D’autre part, «Les Temps modernes» est le premier film où l’on entend la voix de Charlot. En effet, lorsqu’il chante dans le café, on l’entend baragouiner un mélange incompréhensible de langues. On dirait qu’il parle espagnol, italien, allemand, anglais et français en même temps. On ne comprend pas ce qu’il dit, mais toute la scène est expliquée grâce au mime. C’est l’avantage du muet. Pour Chaplin, pas besoin de dialogues, le mime suffit à tout expliquer. C’est donc une manière de se moquer des films parlants.

La dernière apparition de Charlot
«Les Temps modernes» est aussi le dernier film de Chaplin où il interprète son personnage du vagabond. La scène finale montre Charlot qui s’en va au loin en compagnie de la fille qu’il aime. Malgré leurs mésaventures, il reste toujours optimiste, sûrement grâce à l’amour… En intertitre, le spectateur peut lire: «Nous nous débrouillerons.» Le film se termine donc par la disparition de Charlot mais aussi sur une note d’espoir: un adieu tendre et magistral pour le personnage.