Première projection: 1896
Premier film réalisé: 1897
Langue(s): japonais

Dès les débuts du cinéma, le Japon a su développer son industrie cinématographique. Avec les Etats-Unis, c’est même l’un des premiers pays à avoir établi un système de production organisé en genres et divisé en deux grandes catégories: les films historiques d’un côté et les films réalistes de l’autre. Grâce au fabuleux travail de grands réalisateurs, puis de nombreux cinéastes indépendants, le cinéma japonais a toujours été fascinant et original. Aujourd’hui, les dessins animés japonais, ou «animes», semblent malheureusement être les seuls films permettant encore de remplir les salles de cinéma du pays.

Du «Kabuki» au cinéma
Au début du XXe siècle, les films japonais sont construits sur le modèle du «Kabuki» – une forme de théâtre jouée par des acteurs masculins aux maquillages sophistiqués, qui interprètent à la fois les rôles des hommes et des femmes, en chantant et en dansant. De plus, les projections des films muets sont commentées par une sorte de bonimenteur, le «benshi», qui est presque un personnage du film. Dès 1908, on construit des studios à Tokyo et l’on tourne les premières véritables fictions. Bientôt les femmes sont autorisées à jouer dans les films. En 1923, un grand tremblement de terre frappe Tokyo et détruit ses studios. C’est pourquoi, pendant quelques années, les productions locales manquent. On fait alors venir en masse des films américains, en particulier des mélodrames et des burlesques, qui influencent beaucoup les cinéastes japonais de cette époque. C’est donc sur le modèle des Etats-Unis que le Japon développe une industrie cinématographique organisée en genres.

Le chambara, le jidai-geki et le mélodrame

Après le tremblement de terre de 1923, la production japonaise reprend, notamment à Kyoto. On produit de plus en plus films; près de 700 en 1928! Les Japonais inventent de nouveaux genres. Dès lors, les films japonais sont classés en deux grands groupes. D’une part, il y a ceux qui sont très liés aux traditions du pays: les films historiques, les «chambara» et les «jidai-geki» qui se passent au Moyen Age et racontent des histoires de samouraïs. D’autre part, il y a les films qui s’inspirent de la production étrangère et dont les récits sont contemporains, comme les mélodrames: «Lumière de sympathie», par exemple, met en scène un garçon pauvre obligé de travailler pour aider sa mère malade. Par ailleurs, les années 1920 voient l’arrivée de deux célèbres réalisateurs, qui vont faire une longue carrière dans le cinéma: Kenji Mizoguchi, dont l’une des préoccupations est d’examiner le statut terrible réservé aux Japonaises, et Yasujiro Ozu, qui filme avec réalisme la vie quotidienne des gens dans les villes.

Le cinéma japonais devient parlant
Dans les années 1930, le cinéma sonore provoque petit à petit la disparition des «benshis». Avec ses mélodrames ou ses drames sentimentaux, comme «La Rue sans fin» de Mikio Naruse, qui raconte les amours malheureux d’une jeune serveuse, le cinéma japonais sonore démontre déjà toute sa qualité et son originalité. Cependant, le Japon se dirige vers l’impérialisme et le militarisme en s’alliant avec l’Allemagne nazie. La censure se renforce et l’industrie du film est réorganisée pour faire de la propagande. Les cinéastes ne peuvent plus s’exprimer librement et certains intellectuels sont exécutés. Dans ce contexte, le film de guerre devient un genre important.

La guerre et les bombes atomiques
Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le Japon envahit la Chine en 1937, puis attaque le port militaire de Pearl Harbor aux Etats-Unis en 1941. En août 1945, les bombes atomiques américaines rasent entièrement les villes de Hiroshima et de Nagasaki. Les Etats-Unis occupent ensuite le Japon. Le cinéma sert alors à divertir les Japonais et à leur faire oublier la réalité de la défaite. Comme ils veulent moderniser le Japon sur le modèle de leur pays, les Américains font en sorte que les cinéastes évitent les genres qui rappellent trop les traditions japonaises, comme le chambara. Par ailleurs, les difficultés économiques sont telles qu’il n’y a plus d’argent pour faire des films.

Une nouvelle vague
Dans les années 1950, l’industrie japonaise du film redevient plus libre et plus démocratique. Ses moyens financiers s’améliorent. L’Occident découvre alors le Japon par son cinéma. Les succès internationaux de «Rashômon» de Akira Kurosawa, et de «La Porte de l’Enfer» de Teinosuke Kinugasa, donnent un nouvel élan au cinéma japonais. Les films de samouraïs plaisent énormément. C’est un véritable boom cinématographique! On tourne également des films de «yakusas», de science-fiction ou fantastiques, comme la superproduction «Godzilla». Le mélodrame se révèle notamment être un moyen privilégié pour critiquer les modèles traditionnels du Japon, qui prônent la soumission des femmes, la culture de la réussite et le respect absolu de la hiérarchie. D’autre part, les cinéastes osent enfin parler de l’horreur de la bombe atomique. Puis, les années 1960 sont celles des révoltes des étudiants. C’est une période critique et riche en films d’auteurs. On parle alors d’une nouvelle vague japonaise: les films de Nagisa Oshima expriment avec force les inquiétudes et le désir de changement des jeunes. Quant à Shohei Imamura, il critique la dureté et l’injustice d’une société japonaise qui force les gens à obéir à des principes sévères.

L’anime

De 1970 à 1990, face à la concurrence de la télévision, les grands studios japonais tournent de moins en moins de superproductions. Quant au cinéma indépendant, il est florissant, mais connaît surtout le succès à l’étranger. Par contre, l’«anime» est en pleine expansion, notamment grâce à Hayao Miyazaki. Aujourd’hui, le cinéma d’animation est d’ailleurs le seul à rassembler un large public dans les salles de cinéma du pays, rivalisant ainsi avec les multiples divertissements multimédias, comme le jeu vidéo ou le karaoké, que de nombreux jeunes préfèrent au cinéma.

Le cinéma jeune public au Japon
Beaucoup de films d’animation s’adressent aux jeunes, mais aussi aux adultes. Mais ces chefs-d’oeuvre, comme «Le Tombeau des lucioles» ou «Le Voyage de Chihiro», n’ont rien à voir avec les dessins animés japonais qui passent à la télévision. Il y a aussi des films en prises de vues réelles à voir en famille, qui ont pour personnages principaux des enfants: «Gosses de Tokyo» de Yasujiro Ozu, «L’Eté de Kikujiro» de Takeshi Kitano ou «Nobody Knows» de Hirokazu Kore-Eda.