Première projection: 1896
Premier film réalisé: 1912 (première fiction)
Langue(s): hindi, bengali, punjabi, telugu, marathi, tamoul, anglais, etc.

L’Inde est non seulement le plus grand producteur de films au monde, mais aussi une formidable machine à faire rêver: ses 17’000 salles de cinéma attirent chaque jour plus de 14 millions de spectateurs! Comme les Etats-Unis, cet immense pays a su développer une véritable industrie du cinéma, bâtie sur le star-système et les genres. Depuis l’arrivée du cinéma sonore, l’Inde a fait de la comédie musicale son genre dominant: presque tous les films indiens comportent en effet des parties chantées et dansées. De plus, grâce à son originalité culturelle, ce pays a su se préserver de la domination des films américains.

Le cinéma indien muet
Après la projection des films des frères Lumière en 1896 à Bombay, les Indiens commencent à filmer des actualités et des pièces de théâtre traditionnel. Dès 1902, ils construisent des salles de cinéma, où le public peut découvrir des productions américaines et européennes. La première fiction indienne est tournée en 1912. Dès lors, les films indiens s’inspirent des histoires sacrées et merveilleuses de la mythologie hindoue. Par ailleurs, certains cinéastes se moquent des Anglais, qui ont colonisé le pays et qui exploitent ses habitants. Au fil des années 1910, on construit les premiers studios. Les drames sentimentaux indiens apparaissent sur les écrans de Bombay, qui devient rapidement la capitale du cinéma national. Dans les années 1920, le star-système prend de l’importance et certains acteurs deviennent de grandes vedettes. On produit alors une trentaine de films par année. La plupart sont diffusés dans tout le pays, car il suffit de changer leurs intertitres pour les adapter aux langues des différentes régions.

Le cinéma sonore et la comédie musicale
En 1931, un film en langue hindie annonce l’arrivée du cinéma sonore. Le parlant se propage rapidement dans tout le pays. Le son donne la possibilité aux cinéastes indiens de renouer avec la grande tradition des anciens spectacles de danses et de chants. Les mélodrames, les films historiques, les drames familiaux ou sociaux présentent tous des parties chantées et dansées très importantes. Tous ces films sont donc des comédies musicales. Ils racontent généralement des histoires de familles, d’amours contrariés et de mariages impossibles. Les comédies musicales indiennes vont alors connaître un succès mondial, particulièrement en Afrique et dans les pays arabes, comme l’Egypte ou le Maroc. Cela permet aux studios indiens de se développer de manière considérable. Dans les années 1930, la production annuelle dépasse les deux cents films! Le cinéma indien se divise en de multiples cinémas régionaux, comme ceux du Kerala, du Bengale ou du Marathi: chaque région réalise désormais ses propres films dans sa propre langue.

Une indépendance durement acquise
Dans les années 1940, les Indiens sont pris dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale et se révoltent contre l’autorité de la Grande-Bretagne. Guidés par un leader pacifiste, le Mahatma Gandhi, ils manifestent pour leurs droits légitimes et sont massacrés. Mais l’Inde obtient finalement l’indépendance en 1947. Les cinémas dits «régionaux» (puisque chaque région a sa propre production) se développent de plus en plus et entrent en concurrence. La région qui réussira à diffuser ses films dans toute l’Inde pourra dominer la production. Bombay s’impose avec l’hindi, qui est la langue la plus parlée du pays.

Un cinéma d’auteur minoritaire
En 1952 a lieu à Bombay le premier Festival international du film de l’Inde. Les Indiens y découvrent des courants cinématographiques étrangers, comme le néoréalisme italien. A partir de 1960, l’Etat soutient la production et crée des écoles de cinéma, dont les premiers élèves s’inspirent des nouvelles vagues européennes et fondent le nouveau cinéma indien. Ces jeunes cinéastes talentueux, comme Satyajit Ray, Raj Kapoor et Ritwik Ghatak, se démarquent par leur réalisme, filment les problèmes de la vie quotidienne des gens et dénoncent le système des castes. Ils livrent un cinéma d’auteur et sont salués en Occident, mais leurs films ne sont pas diffusés en Inde, car la grande masse des spectateurs indiens préfèrent se divertir en allant voir les comédies musicales traditionnelles. Pour certains cinéastes, comme le célèbre Guru Dutt, il devient impossible de s’adapter aux goûts du public, même s’ils tournent des chefs-d’oeuvre.

Des films sexistes et des dieux
Dans les années 1970 et 1980, la plupart des cinéastes indiens continuent de faire des films très populaires. Les acteurs sont alors considérés comme des dieux. Chaque matin, après la visite des temples, des millions d’Indiens prient leurs stars préférées, généralement des hommes, les films indiens étant souvent sexistes, malgré le travail de réalisatrices talentueuses, comme Deepa Mehta ou Mira Nair, qui s’attaquent aux problèmes de la corruption ou dénoncent la misère, comme dans «Salaam Bombay!».

L’industrie bollywoodienne
Depuis les années 1990, l’industrie du cinéma indien poursuit son développement. L’Inde produit actuellement près de mille films par année et, par son originalité culturelle, elle est assez puissante pour résister à la domination d’Hollywood. Bombay, la capitale du cinéma indien, est d’ailleurs surnommée «Bollywood», parce qu’elle pénètre les marchés internationaux. En effet, ses films font rêver des millions de spectateurs dans le monde, en particulier en Afrique et dans les pays arabes, qui s’identifient aux héros joués notamment par Aishwarya Rai ou Shahrukh Khan. Par ailleurs, de nombreux cinéastes indiens font leur carrière à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Dans ces pays, ils tournent des films à l’indienne, comme «Joue-la comme Beckham», pour les nombreux Indiens qui y résident.

Le cinéma jeune public en Inde
A partir des années 1950, de nombreux réalisateurs ont produit des fictions destinées au jeune public, y compris des films d’animation. Le grand cinéaste Satyajit Ray a lui aussi tourné d’excellents films pour les jeunes, comme «Goopy Gyne Bagha Byne», dont les personnages principaux, Goopy et Bagha, sont encore célèbres aujourd’hui en Inde. Par ailleurs, on peut citer des films tout public comme «Lagaan», «Devdas» ou «New York Masala», qui ont connu un grand succès en Europe.