Première projection: 1896 Premier film réalisé: 1905
Langue(s): mandarin, wu, cantonais, jin, etc.

La Chine est un immense pays et ses territoires ont beaucoup changé au cours du temps. C’est pourquoi, il faut différencier les films de la Chine continentale et ceux de Hong-Kong et de Taiwan. Les spécialistes réservent le terme de «cinéma chinois» à celui de la Chine continentale et ont pris l’habitude de compter ses différents mouvements cinématographiques en générations. Comme dans beaucoup de pays, le cinéma chinois a été très marqué par l’histoire et la politique. Il a longtemps souffert de différentes formes de censure. Aujourd’hui encore, des cinéastes sont interdits de tournage!

Des opérateurs à Shanghai
Dès le mois d’août 1896, les frères Lumière envoient des opérateurs à Shanghai pour effectuer des prises de vues et montrer des films, mais il faut attendre 1905 pour voir le premier film réalisé par des Chinois, une pièce d’opéra intitulée «Le Mont Dingjun». Bientôt, des studios sont construits à Shanghai, sur le modèle d’Hollywood. La première génération de cinéastes chinois, celle du muet, s’inspire alors soit de l’opéra chinois traditionnel, soit du cinéma burlesque américain, car de nombreux réalisateurs chinois sont formés aux Etats-Unis. Les cinéastes explorent également des genres comme le mélodrame ou le fantastique et inaugurent le film d’arts martiaux.

Un cinéma social
En 1931, le cinéma sonore fait son apparition en Chine. De nombreux réalisateurs de la deuxième génération adoptent les idées politiques socialistes. Ils sont alors soucieux de montrer avec réalisme la situation difficile des centaines de millions de paysans et d’ouvriers chinois.

L’occupation japonaise
En 1938, le Japon envahit certaines provinces chinoises, dont Shanghai, le centre cinématographique de l’époque. Pendant cette période d’occupation, les Japonais poussent les cinéastes chinois à filmer des actualités qui montrent les soi-disant bienfaits de la domination japonaise. Les fictions sont rarement autorisées, car elles sont considérées comme capables de soulever des sentiments de révolte chez les spectateurs. Mais certaines, comme «La Princesse à l’éventail de fer», le premier long-métrage d’animation chinois, parviennent à contourner la censure.

Mao au pouvoir
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les nationalistes de Tchang Kaï-chek, qui avaient renversé la dynastie régnante et instauré un régime politique autoritaire, s’allient au parti communiste chinois. Ensemble, ils organisent la résistance contre le Japon, jusqu’à sa capitulation à la fin de la guerre. Puis, les nationalistes et les communistes se disputent le pouvoir. Les communistes dirigés par Mao Zedong vainquent leurs anciens alliés en 1949. Dès lors, une troisième génération de cinéastes remet la production cinématographique chinoise en route. Mais les communistes contrôlent les films et censurent ceux qui les critiquent. Le cinéma doit, selon eux, s’inspirer du réalisme socialiste et servir à l’éducation des paysans et des soldats, en montrant les exploits des héros communistes qui ont «libéré» le peuple. Pour promouvoir les idées du pouvoir en place, les projections se multiplient alors dans les campagnes.

La Révolution culturelle
A partir de 1966, Mao se sent menacé. C’est pourquoi, il instaure la «Révolution culturelle», par laquelle tous les étudiants, les intellectuels et les artistes sont forcés de se rendre dans les campagnes pour travailler dans des conditions terribles et être «rééduqués», comme le montre «Balzac et la Petite Tailleuse chinoise». Ancienne star de cinéma déçue, l’épouse de Mao s’occupe elle-même de «purifier» les arts en censurant et en condamnant tous les cinéastes à la déportation, ce qui entraîne un arrêt quasi total de la production. Seuls quelques opéras révolutionnaires sont encore diffusés.

Vers une nouvelle vague chinoise
En 1976, la mort de Mao change la situation politique du pays. Les communistes restent au pouvoir, mais ils assouplissent la censure et le cinéma est à nouveau autorisé. Une quatrième génération fait renaître le cinéma chinois. Les studios et l’école de cinéma ouvrent à nouveau. Bien que la situation économique soit désastreuse et le traumatisme de la Révolution culturelle encore bien présent, certains cinéastes survivants parviennent à refaire des films. Vers 1980, la cinquième génération, ou «nouvelle vague chinoise», qui a étudié à l’Institut du cinéma de Pékin, réunit notamment Chen Kaige, Tian Zhuang-Zhuang et Zhang Yimou. Ces cinéastes sortent des studios, car ils y sont surveillés, et s’en vont filmer à la campagne, où ils avaient subi la «rééducation». Apportant un soin extrême au cadrage et à la photographie, ils tournent des films d’une grande beauté, ce qui était considéré comme inutile par les communistes au pouvoir. Ils critiquent subrepticement les horreurs commises pendant la Révolution culturelle, comme le raconte «Le Roi des enfants». Ils montrent la pauvreté des gens de la campagne, ce qui est bien différent des clichés de la propagande: dans «Le Voleur de chevaux», par exemple, un homme est obligé de voler des chevaux pour nourrir sa famille. Primés dans les festivals internationaux, certains réalisateurs doivent souvent travailler à l’étranger ou faire des coproductions, car ils sont censurés et interdits de tournage en Chine.

Le massacre de Tienanmen
Aux mois de mai et juin 1989, les étudiants, qui manifestent pour la démocratie et la liberté sur la place Tienanmen à Pékin, sont massacrés par les militaires. A la suite de ces événements dramatiques, une nouvelle génération, la sixième, également appelée «classe 89», voit le jour. C’est celle de Zhang Yuan, Wang Xiaoshuai, He Yi, puis Jia Zhang Ke et Lou Ye. Ces derniers montrent le mécontentement de la jeunesse et critiquent les massacres de Tienanmen. Aujourd’hui encore, le gouvernement s’efforce cependant de minimiser cette triste page de l’histoire chinoise.

Le cinéma chinois aujourd’hui
La Chine connaît actuellement une croissance économique fulgurante dans tous les domaines. Le cinéma chinois est aujourd’hui aussi en pleine expansion. On produit toujours plus de films et les gens vont de plus en plus au cinéma. Le nombre de salles de cinéma est en constante augmentation. De nombreux cinéastes, autrefois critiques, ont accepté de respecter les autorités pour travailler dans les grands studios chinois et tourner des superproductions. Cependant, d’autres, plus jeunes et indépendants, abordent les sujets qui fâchent le gouvernement, comme la politique, les problèmes sociaux ou le sexe. Ils montrent aussi les dégâts de l’industrialisation, du néocapitalisme et du pouvoir totalitaire qui règne encore en Chine. Par exemple, «Still Life» montre que les autorités chinoises inondent des vallées entières et déplacent des milliers de gens de force pour construire des barrages monumentaux. Et, dans «A l’Ouest des rails», un documentaire d’une durée de neuf heures, un gigantesque complexe d’usines disparaît et laisse tous les ouvriers sans travail. Comme ils ne peuvent pas s’exprimer librement, ils subissent de fortes pressions et risquent parfois la peine de mort, certains réalisateurs chinois tournent en cachette ou à l’étranger. Le numérique, qui est économique et pratique, ainsi que les soutiens privés leur permettent heureusement de produire leurs films.

Le cinéma jeune public en Chine
Les films chinois destinés au jeune public ne représentent qu’une toute petite partie de la production de cet immense pays. La Chine a notamment produit des films d’animation, comme «Le Roi des singes». En ce qui concerne les films en prises de vues réelles, on peut citer, par exemple, «Le Cerf-volant bleu», «La Môme singe» ou «Le Roi des masques».