1914
Etats-Unis
Première apparition : «Kid Auto Races at Venice» (1914)

Charlot est un petit homme avec un pantalon flottant qui fait un peu sac, des grandes godasses taille 46, une canne en bambou, un chapeau melon trop petit et cabossé, une veste serrée et une fausse moustache en brosse… Il veut faire croire qu’il est une personnalité importante, un duc ou un joueur de polo, mais il n’est qu’un vagabond. Il fait des moulinets avec sa canne et il marche comme un canard. Comme il a les épaules jointes, il paraît petit. Sa grande préoccupation est toujours de ramasser sa canne, redresser son chapeau et ajuster sa cravate. Même s’il vient de recevoir des coups ou de faire une chute. Après un choc, il s’assure toujours d’être entier. Il vérifie ses vêtements, ses articulations et même sa montre! Il lui arrive souvent ce qui devrait normalement arriver aux personnes qui l’entourent. Par exemple, si quelqu’un mange trop vite, c’est lui qui a le hoquet! Parfois, il confond ses propres membres avec ceux de ses voisins. Ainsi, dans «Charlot soldat», il prend le pied d’un autre soldat pour le sien. Quand il est furieux, il peut flanquer un coup de pied aux fesses d’une vieille dame ou chiper son sucre d’orge à un bambin! Charlot peut changer de costume s’il joue le rôle d’un prisonnier, d’un vagabond, d’un baigneur, d’un maître d’hôtel, etc.

La naissance de Charlot

Charlot est un personnage comique inventé par Charles Chaplin, acteur de music-hall depuis l’âge de cinq ans. Dès 1913, ce dernier est engagé par Mack Sennett et il commence à faire des films. Un jour de mauvais temps, les acteurs attendent que la pluie cesse pour reprendre le tournage. Dans les vestiaires, Chaplin décide de se faire un costume pour s’amuser. Il emprunte à chaque acteur un vêtement ou un accessoire: un pantalon trop grand, une veste trop petite, un chapeau et une canne. Une fois habillé et maquillé, il sent le personnage monter en lui et se débrouille pour faire rire non seulement son producteur mais aussi tous les gens présents sur le plateau de tournage. Charlot est né!

Sa première apparition

La première apparition de Charlot à l’écran intervient avec «Kid Auto Races at Venice», un court-métrage burlesque dans lequel il perturbe drôlement une course de baby-cart. Dès lors, Chaplin jouera Charlot dans la plupart de ses films et c’est avec «Le Vagabond» («The Tramp») puis «Charlot Policeman» qu’il va définitivement l’imposer.

L’évolution du personnage

Dans ses premiers films, le personnage de Charlot est très influencé par le style de Mack Sennett. Il se définit avant tout comme un séducteur pressé et incivil. Il est assez agressif, car il joue dans des films très «tartes à la crème», des farces dans lesquelles il se bat contre des autres malfrats et où il fait des acrobaties plutôt naïves. Il sème la zizanie et casse tout sur son passage en voulant notamment séduire des femmes. Il n’est pas très respectueux des enfants ainsi que des vieillards.
Cependant, dès le moment où Chaplin est son propre réalisateur et producteur, autour de 1917, son personnage change et devient beaucoup plus humain. Il protège les petits contre les grands, les faibles contre les forts, les pauvres contre les riches. Il est le dénonciateur des injustices du monde. Charlot se caractérise alors par son costume: il correspond à un gentleman qui aurait été ruiné. Il a une grande richesse psychologique et toute une palette d’émotions: il est solitaire, esseulé, victime, romantique, fleur bleue, rêveur et ridicule. Il est gentleman et poète. Attaqué par des grandes brutes, il fait la moue et prend un air apeuré! Il est d’ailleurs souvent poursuivis par de gros bandits ou de grands policiers bien musclés, contrairement à lui. Il a beaucoup de peine à s’intégrer. En effet, il est souvent rejeté par le monde qui l’entoure, que ce soit par les humains ou par les objets! C’est un clown marginal, mais il est triomphant: il reste maître de la situation et montre qu’il mérite d’être respecté. En effet, il trouve toujours une solution pour triompher des gens qui lui sont hostiles. C’est ainsi qu’il garde sa dignité, malgré sa condition de vagabond. Après «Les Temps modernes» en 1936, comme il est impossible pour Chaplin d’adapter son personnage au cinéma sonore, Charlot n’apparaît plus dès «Le Dictateur».