Acteur, réalisateur, scénariste, producteur, auteur
Grande-Bretagne
1889 – 1977

Né dans un quartier pauvre de Londres le 16 avril 1889, Charles Spencer Chaplin (alias Charlie Chaplin) vit une enfance difficile au sein d’une famille d’artistes du music-hall. Son père l’abandonne et sa mère est malade. Il fait des séjours à l’orphelinat et est séparé de ses frères et soeurs. Dès l’âge de cinq ans, il commence une carrière de pantomime au music-hall et au théâtre. A dix-neuf ans, il invente des sketches comiques qu’il reprendra au cinéma. Au sein de la compagnie de Fred Karno, il joue notamment aux côtés d’un certain Stanley Jefferson, le futur Laurel des films réunissant Laurel et Hardy.

Du music-hall au cinéma

En 1912, Chaplin part pour les Etats-Unis. Il est rapidement remarqué par les producteurs, qui cherchent alors leurs acteurs dans le monde du music-hall. A Hollywood, il signe un contrat avec Mack Sennet du studio Keystone et tourne dans des films burlesques. Grâce à ses talents de mime et en réaction à son enfance malheureuse, il invente son personnage, un vagabond qui sera rapidement appelé «Charlot». Le public l’adore. Cela permet à Chaplin de devenir réalisateur en rejoignant le studio Essanay. «Le Vagabond», «Charlot boxeur», «Charlot à la banque», etc. Chaplin réalise un très grand nombre de courts-metrages qui sont largement diffusés aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et dans le monde.

De studios en studios

Pour un salaire incroyable pour l’époque de dix mille dollars par semaine, il change de studio et tourne entre autres «Charlot policeman» et «Charlot chez l’usurier» pour la Mutual Film Corporation. C’est le début d’une ascension fulgurante. Il travaille ensuite à la First National, où il est son propre producteur, le studio ne s’occupant que de la distribution. Il réalise alors «Une Vie de chien», dans lequel la vie du vagabond est comparée à celle d’un chien errant, et «Charlot soldat», qui met en scène de manière comique les horreurs de la Première Guerre mondiale. Après un premier divorce, présage d’une vie amoureuse compliquée, Chaplin tourne son premier long-métrage, «Le Kid», dont le succès est énorme. Pour se libérer des contraintes des studios et devenir plus indépendant, le cinéaste fonde ensuite les Artistes Associés (United Artists) en compagnie de Douglas Fairbanks, Mary Pickford et David Wark Griffith.

Un langage universel

Après «L’Opinion public» et «La Ruée vers l’or», «Le Cirque», dont le tournage est rendu difficile par un divorce scandaleux, sort en 1928. A cette époque, le cinéma devient sonore, ce qui n’est pas évident pour Chaplin. Comment peut-il donner une voix et une langue à un personnage jusque-là muet? Comme ses films fonctionnent grâce au mime, il n’a pas besoin du son. Le cinéaste réalise alors encore des films muets, comme «Les Lumières de la ville» et les «Les Temps modernes». Il démontre ainsi sa volonté de conserver un langage universel, les films muets étant compris par tout le monde. Cependant, même s’il refuse les dialogues, il s’adapte petit à petit à la généralisation du son. En effet, il utilise des effets sonores et il introduit de la musique. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il comprend l’incompatibilité de son personnage mimique avec le cinéma parlant et il tourne «Le Dictateur», une satire de Hitler, sans Charlot mais avec des dialogues.

Des Etats-Unis vers l’Europe

Accusé de sympathie envers l’Union soviétique (actuelle Russie) en raison de la dimension critique de ses films, Chaplin est victime d’une campagne mensongère. «Monsieur Verdoux» est même censuré dans plusieurs Etats américains. Après un mariage heureux qui lui donnera huit enfants, il décrit la triste fin d’un clown dans «Les Feux de la rampe». Après un voyage en Europe pour la sortie de ce film, le cinéaste est exclu des Etats-Unis et va vivre avec sa famille en Suisse. Puis, il tourne «Un Roi à New York» à Londres, qui dénonce le capitalisme et l’intolérance de l’Amérique de la guerre froide. Le cinéaste est alors banni de la Promenade des Célébrités à Hollywood (un trottoir où sont inscrits les noms des stars du cinéma). Après «La Comtesse de Hong Kong», son seul film en couleur et en cinémascope, Chaplin est salué dans le monde entier et reçoit des prix spéciaux dans de nombreux festivals. Il peut enfin retourner à Hollywood, où il reçoit un Oscar d’honneur. Il a alors 83 ans. Anobli par la reine d’Angleterre, «Sir» Charles Spencer Chaplin meurt le 25 décembre 1977 pendant son sommeil.

Un auteur complet

Le génie de Chaplin réside avant tout dans la pantomime, c’est-à-dire dans l’art d’exprimer des sentiments par les gestes et les mimiques. Mais il se révèle être un auteur complet, puisqu’en plus d’être l’acteur principal de la plupart de ses films, il en est le scénariste, le réalisateur et le compositeur. C’est aussi un excellent chorégraphe, un bon danseur et un drôle de patineur! Pour construire des gags burlesques, Chaplin choisit un lieu ou un accessoire. Par exemple, lorsqu’il voit une glace ou une caserne de pompiers, il se rend compte de leurs innombrables possibilités comiques. C’est un cinéaste très perfectionniste: il a le souci du détail et passe parfois des heures à chercher, souvent devant la caméra, les gags qui lui permettront de construire ses films. Cela explique leur raréfaction. D’autre part, il est très doué pour transformer un objet en tout autre chose afin de faire rire. Par exemple, dans «Charlot machiniste», il transporte du bois sur son dos et devient alors un véritable porc-épic! Il se moque également de la richesse, en la confrontant à la pauvreté dans laquelle vivent ses personnages, et il dénonce les injustices sociales. En effet, ses films montrent comment les pauvres et les malheureux luttent pour s’en sortir. Du coup, ils ne font pas seulement rire. Ils tiennent du burlesque en même temps que du mélodrame.

Des chefs-d’oeuvre

Les critiques de cinema reprochent parfois à Chaplin son manque d’originalité au niveau du montage et le côté théâtral de ses prises de vues en plan général. Ses films sont d’ailleurs très discutés aujourd’hui. Cependant, il ne faut pas oublier que Chaplin a révolutionné le tournage en soignant la mise en scène. Il est en effet l’un des premiers cineastes à avoir fait plusieurs prises de vue pour un même plan. Le résultat est d’ailleurs plus que satisfaisant: ses films sont des chefs-d’oeuvre!